Mois : juillet 2018

 

Abandonnés dans la poussière L’héritage radioactif d’AREVA dans les villes du désert nigérien

Le géant AREVA entreprend une nouvelle révolution nucléaire. L’entreprise implantée dans le monde entier dans plus de 100 pays promeut activement l’énergie sur de nouveaux marchés. Ses équipes de relations publiques ont travaillé sans relâche pour convaincre gouvernements, investisseurs et le grand public – avides d’énergie propre – que l’énergie nucléaire est désormais aujourd’hui une technologie sûre, propre et écologique. Cette conception erronée du nucléaire est la cause d’effets dévastateurs qui se font déjà ressentir – tout particulièrement au Niger. Produire de l’énergie nucléaire nécessite un combustible acquis au prix d’une activité destructrice: l’exploitation minière d’uranium. Celle-ci peut avoir des conséquences catastrophiques sur les populations voisines et sur l’environnement pendant des siècles. Pays d’Afrique de l’Ouest, le Niger a l’indice de développement humain le plus faible du monde. Aux problèmes que posent le désert aride, la rareté des terres arables et un niveau de pauvreté extrême s’ajoutent le chômage, un faible niveau d’éducation, l’analphabétisme, le manque d’infrastructures efficaces et l’instabilité politique. Le Niger pourtant dispose de ressources minières importantes, à commencer par l’uranium. AREVA a débuté ses activités d’extraction minière au Nord du Niger il y a quarante ans, créant ainsi les conditions de ce qui aurait dû être un sauvetage économique pour un pays en crise. Cependant, les exploitations d’AREVA sont en grande partie destructrices : le forage des mines et les détonations provoquent des nuages de poussière, des montagnes de boue et de déchets industriels – à ciel ouvert- se forment autour des mines et le déplacement de millions de tonnes de terre et de rochers menacent de contaminer la nappe phréatique qui disparaît rapidement à cause de la surexploitation industrielle.
AREVA a fait preuve de négligence dans sa gestion du processus d’extraction. Et cela se traduit par la libération et la propagation dans l’air de substances radioactives qui s’infiltrent dans la nappe phréatique et contaminent les sols autour des villes minières d’Arlit et d’Akokan. L’exposition à la radioactivité endommage l’écosystème de manière définitive et peut également causer des problèmes de santé : maladies respiratoires, malformations à la naissance, leucémies, cancers, pour ne citer que quelques exemples. Les maladies et les problèmes de santé sont nombreux dans cette région et le taux de mortalité lié à des problèmes respiratoires y est deux fois plus élevé que dans le reste du pays3. Néanmoins, en matière d’impact sur la santé AREVA n’a jamais assumé ses responsabilités. En fait, les hôpitaux sous le contrôle de cette entreprise ont été accusés d’avoir commis des erreurs en diagnostiquant des cas de VIH pour des cancers4. Ils soutiennent qu’il n’y a jamais eu de cas de cancers imputables aux activités minières en 40 ans5. Ce qu’ils ne mentionnent pas, c’est que les hôpitaux locaux n’emploient pas de médecins formés à la médecine du travail, rendant impossible un diagnostic qui permettrait d’établir un lien avéré entre la maladie du patient et son activité professionnelle. L’agence gouvernementale en place qui doit surveiller ou contrôler les actions d’AREVA manque d’effectif et de moyens financiers6. Depuis des années, des ONG et des agences internationales tentent de tester et d’évaluer les niveaux de radiation auxquels le Niger est exposé. Aucune évaluation exhaustive et indépendante des impacts de l’extraction minière d’uranium n’a encore été menée.